La première édition de cette course, le « Défi Fiée des Lois » a eu lieu
au mois de mars 2001. A l’époque , ils ne sont que deux sur la ligne de départ. Deux concurrents en char à voile, deux amis qui s’affrontent en un raid aux allures de duel au soleil.
D’autres viendront se frotter au Sahara, toujours en char à voile, mais aussi en speed-sail ou en char à cerf-volant. Tous avaient en commun certains attraits pour les sports de voiles ;
chacun est reparti avec son intime passion du désert.
Tout cela était d’abord une course. Je me souviens du repas au cours duquel Alain Darrigrand, le concepteur et
organisateur de l’épreuve, m’a confié son idée concernant ce raid. Même pas encore un projet, tout juste le rêve d’une épreuve qui concilierait les rudesses du char à voile dans le désert, avec
les enjeux, les difficultés d’une quasi autonomie des concurrents ; l’esprit de compétition dans la lutte contre la montre, et l’aventure intime dans le dépassement de soi, la solitude des
choix et des décisions ; et tout cela en toute sécurité. « Le parcours relierait F’dérik à Nouakchott. Il faudrait un 4X4 pour chaque concurrent, imaginait Alain, avec les vivres, les trousses de secours et le matériel de camping. Il y aurait aussi un commissaire de course
qui veillerait à la sécurité et qui contrôlerait que les pilotes respectent bien le règlement, notamment qu’ils n’utilisent pas le 4X4 pour progresser. Les concurrents ne pourraient rouler que du
lever au coucher du soleil, la nuit c’est trop dangereux. Chacun camperait le soir où le char s’arrêterait, et repartirait le lendemain du même point exactement. Il faudrait un temps limite
aussi, pour rallier l’arrivée. 6 jours maximum, quelles que soient les conditions de vent… » Et Alain
poursuivait, inventant l’épreuve au fur et à mesure des mots.
Un an de travail, de centaines de coups de téléphones, de réunions, de rencontres, de joies et de déceptions, et la
première édition de la course débutait. Les deux pionniers de l’épreuve s’élançaient dans les plaines rocailleuses du Sahara, au pied des collines de F’dérik pour environ 700 kilomètres à travers
le désert, vers Nouakchott et les plages de la capitale mauritanienne.
Le pari d’Alain était gagné. Depuis toujours il est passionné par le vent, les sports de glisse, d’aventure. Il a
d’abord pratiqué la voile, et la régate à haut niveau, avant de s’amouracher du char à voile. La encore il se lance dans la compétition, jusque dans le Sahara marocain en 1998. Depuis la passion
du désert ne l’a plus quitté et, en mars 2001, ce journaliste reporter d’images de profession a tout juste 38 ans et prend alors le départ de sa
propre course.
Celui qui lui donne la réplique dans le vent du Sahara est également un amoureux du vent et de la voile. A 39 ans,
alors qu’il s’élance dans son premier raid, Philippe Berquin
a déjà un palmarès de sportif aventurier impressionnant : plusieurs fois vainqueur de courses
transatlantiques à la voile, un titre de champion de France de dériveur, une participation au rallye de Tunisie moto, deux courses dans le désert, l’une en speed-sail, l’autre en char à voile.
Fort de son expérience, c’est lui qui remporte la première édition de la toute nouvelle épreuve. A l’issue des 6 jours de course impartis, il rallie la ville d’Akjoujt, les deux tiers du parcours
prévu, c’est la premier record de l’épreuve.
Pour un arrivée à Nouakchott, il faut attendre l’édition suivante, et notamment la présence de Pascal Malcoste sur son
speed-sail. L’épreuve est également ouverte à ces engins étonnants, mi-planche à voile, mi-skate-board. Et dans cette discipline, à 36 ans, Pascal Malcoste est tout simplement l’un des meilleurs
mondiaux. D’ailleurs il compte à son palmarès des victoires dans les plus importantes épreuves du circuit français et un titre bien mérité de champion de France en 1998. Pour sa première
participation à ce raid, il établit un record toutes catégories toujours inégalé à ce jour en ralliant Nouakchott en 47 heures et 25 minutes.
Philippe Berquin, de nouveau au départ de la deuxième édition de l’épreuve ne peut rivaliser contre les performances de
Pascal Malcoste, mais il parvient tout de même à rejoindre l’arrivée dans le temps imparti et inscrit de nouveau son nom au tableau d’honneur de la course avec un record en char à voile toujours
invaincu de 51 heures et 32 minutes.
Derrière lui, le troisième participant à cette édition, Hughes Jannic, le « géo-trouve-tout » de la bande ne
parvient malheureusement pas jusqu’à l’arrivée. A 41 ans, Hughes
est un sportif accompli et pratique avec bonheur la plupart des sports liés au vent, mais le prototype de
char à voile qu’il a aligné au départ de l’épreuve n’a pas supporté la rudesse du Sahara. Qu’à cela ne tienne, Hughes est tenace et s’inscrit au départ suivant. Mais cette troisième édition ne
sourit pas plus à l’inventeur, et son char révolutionnaire aux performances prometteuses s’avère de nouveau trop fragile pour des conditions particulièrement dures. Hughes ne ralliera pas
l’arrivée, mais repart encore une fois avec la joie d’avoir dégusté les plaisirs d’une rencontre supplémentaire avec le Sahara.
Une passion qui semble très communicative. Pour le troisième « Défi Fiée des Lois », 5 concurrents sont au
départ. Outre Pascal Malcoste, de nouveau vainqueur sur son speed-sail, et Hughes Jannic, pour la première fois, une femme prend le départ de l’épreuve : Florence
Bourgnon tente l’aventure en char à voile. La jeune styliste de formation n’est pas du tout rompue à cette discipline, mais elle a comme tous les autres concurrents la même passion
pour les sports extrêmes, et notamment la voile, où elle excelle au niveau mondial en catamaran léger. Malheureusement, Florence sera victime d’un grave coup de chaleur et ne pourra pas terminer
l’épreuve. Mais elle repart conquise par le Sahara Mauritanien et ne rêve que d’une autre aventure dans le sable du désert.
Un sentiment que partage les deux autres byzuths de cette troisième édition. Sébastien Josse d’abord. Le jeune skipper
professionnel est l’un des tous meilleurs marins français.
Après un parcours remarquable en class figaro, il s’illustre dans le vendée globe 2004/2005, en terminant
5ème avec des conditions matérielles qui ne laissaient présumer qu’à ceux qui le connaissent bien un tel exploit. A peine arrivée aux Sables d’Olonne, il rejoint les « kids »
du VOR 70 (monocoque de 70 pieds) ABN Amro 2 pour prendre la tête d’un équipage qui, malgré sa faible expérience a marqué par son talent et son esprit sportif la Volvo Ocean Race 2005, la plus
glorieuse course autour de monde en équipage. Le drame vécu pendant l’épreuve, avec la perte d’un équipier, et les remarquables qualités professionnelles et humaines dont ont fait preuve
Sébastien et les kids en se portant au secours de l’équipage d’un bateau concurrent en perdition, ont marqué à jamais l’équipage d’ABN Amro 2 mais n’ont pas occultés la réalité des performances
réalisées par la jeune équipe qui a gagné le respect de ses pairs. Sébastien Josse a su faire des kids un équipage solide et soudé, accédant ainsi à une légitime notoriété internationale.
Avant de subir une casse matérielle forçant son British Télécom à l’abandon, Sébastien a montré cette année encore dans
le Vendée Globe toutes les qualités du grand marin qu’il est.
Dans le désert, son expérience en char à voile a elle aussi été plus qu’honorable, puisqu’il termine l’épreuve à la
seconde place derrière Pascal Malcoste, encore le meilleur de la troisième édition du « Défi Fiée des Lois ».
L’autre bizuth de cette année là, Nicolas Vienne,
a lui aussi convenablement tiré son épingle du jeu pour sa première participation au raid. Il avait lui choisit le char à cerf-volant. La discipline connaît un essor certain avec la mode
des ailes de traction. Nicolas est un habitué des épreuves de char à cerf-volant, et même s’il ne parvient pas à rallier l’arrivée dans le temps qui lui était imparti, il inscrit son nom au
tableau d’honneur de la course en établissant le premier record en char à cerf-volant.
En trois édition, le « Défi Fiée des Lois » c’est imposé comme l’une des plus difficiles épreuves sportives
jamais organisée dans le Sahara. Au delà de l’exploit physique, les concurrents ont surtout vécu ici une incroyable aventure humaine. S’ils se sont tous dépassés dans l’effort, il ont dû lutter
avant tout contre leur propre volonté, trouver en eux les ressources pour avancer, dans la chaleur, face à une immensité absolue que l’on n’ose estimer et qu’il faut finalement trop souvent
affronter mètre par mètre tant ce géant immuable et intouchable est en fait d’une fantastique diversité, minutieuse et inconstante, ce désert qui oppresse, décourage, mais ce désert qui honore,
quand il nous accorde un peu de ses trésors de beauté, qui révèle quand la difficulté nous fait nous découvrir nous même.
La première fois, chacun a sa raison de venir ici, le sport, l’aventure, la découverte… Ceux qui reviennent ont
tous la même : le Sahara.
Nous souhaitons remercier tout particulièrement: Tous les concurrents d’avoir osé
s’aventurer dans cette course de fou et de nous avoir ainsi permis d’en découvrir les trésors, Alain Darrigrand d’avoir été le fou en question sans qui rien de tout cela n’aurait existé,
Jean-Marc Campos pour nous avoir guidé dans le désert sans nous avoir imposé de route, L’ami Ahmed pour son thé, dont la saveur donne du relief à nos souvenirs, Jean-Marc de Lustrac, le médecin de la course, d’avoir permis que cette compétition reste une belle aventure, et toutes les maudites bestioles du Sahara
d’en avoir fait autant. Sans oublier, bien sûr, un merci tout particulier à Isabelle Autissier pour sa sensibilité, son talent et sa gentillesse. NB : quelques photos supplémentaires dans
l’album ci-contre.
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