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  • : "Dans le vent du Sahara" est un livre décrivant l'aventure étonnante de quelques voyageurs hors du commun: une traversée du Sahara mauritanien en char à voile...

Dans le vent du Sahara

Textes: Christophe de Vallambras

Photos: Jean-Pierre Lenfant

(Tous droits réservés)

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Ici, on bouge le moins possible, et encore, à l’ombre. Il n’y a bien que les enfants pour courir au soleil, insouciants, inconscients. Avant de quitter le village nous laissons un petit mot dans le cahier de comptes de l’épicière : « Bon voyage au prochain qui lira. » Qui ? Quand ?

 

mauritanie-11-2.jpg Nous attendons notre roue. La chambre à air doit être réparée. Encore. Mais ça ne pose pas vraiment de problème, dans les plus petits villages, le moindre hameau perdu, il y a quelqu’un pour faire ça. 300 Ouguiyas, peut-être 1 euro 20.

Tjoulit, entre F’Dérik et Choum, dans le nord du pays. « M’sié ! M’sié ! »Les enfants nous entourent : « Un cadeau ! Bic ! ? » Nous leur donnons de petites poches plastiques remplies d’eau aromatisée. C’est le boucher-épicier qui nous les a offertes. Pas question de les boire de toute façon, les amibes auraient raison de notre transit intestinal.

 

Ces enfants sont très beaux, les traits fins, les yeux sombres, profonds. Ils s’amusent sur un tas de pneus. Ils chantent, puis se taisent, les adultes prient dans le calme : « Allahou Akbar ! »Debout, à genou, les yeux à terre : « Allahou Akbar ! » Les enfants les imitent. Par mimétisme, par jeu, ils n’y sont pas encore invités par l’Islam.

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Le village se partage en case de terre, parpaings de glaise séchée, et en cahutes de tôle. BP, Elf… Les bidons déroulés abritent les volailles, un peu de matériel : Bidonville. Ici, rien ne se perd, tout se transforme. Après tout, la règle est universelle.

« Bonjour missié ! (Il a une petite auberge et une place pour nous.)

-Non merci, nous bivouaquons un peu plus loin. 

-Ah ! Tu vas à Atar ? (Il reste discuter un peu.) Tu veux une chèvre ?

- ? ? ?» mauritanie-10-2.jpg

(Facile à nourrir la chèvre : une touffe d’herbe à chameaux, les feuilles d’un arbuste, un concurrent me confiait même avoir cédé à un mauritanien un vieux carton dont les chèvres ignorent la faiblesse énergétique et semblent se moquer de la saveur. Et c’est rentable la chèvre : elle fournit du lait, de la viande, bouillie dans un fait-tout, sur le feu de camp, même sa peau est précieuse, pour faire une outre par exemple. On la pend sur le côté de la voiture, ou à l’ombre de la Khaïma et le vent maintient une stupéfiante fraîcheur. Non c’est sûr, c’est bien la chèvre. Mais bon)

-« Chuckhrãn ! Merci, mais non, merci.

-Ah ? »

Il reste un peu, autour du 4X4. Nous avons le temps. Nous restons assis, à l’ombre. Il n’y a bien que les enfants pour courir. Insouciants.

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Une petite épicerie. Nous allons améliorer l’ordinaire. Des pâtes, des pomme de terre, des tomates (en boîte, toujours ces foutues amibes), un peu de menthe, fraîche, pour le thé. Ahmed, est le roi du thé. On le bénit à chaque gorgée.

L’épicière ne fait pas les comptes. « Tu marques sur le cahier, tu comptes. » On laisse un petit mot en prime « Bon voyage au prochain qui lira. » Qui ? Quand ?

 

Nous achetons un peu de bois, essentiel et trop rare dans le désert, et nous repartons. Les enfants courent toujours.

Les pilotes souffrent, atteignent leurs limites physiques et mentales, les dépassent même parfois. A un moment ou à un autre, chacun se demande ce qui lui a pris de s’embarquer dans cette folie. Mais en quittant le désert, tous, sans exception, entretiennent dans un recoin de leur esprit, le rêve de revenir un jour défier le Sahara.

 

mauritanie-12-3.jpg Quand les chars avalent les plaines ventées le matériel est mis à rude épreuve, secoué, torturé par les vibrations et les innombrables chocs à la moindre pierre rencontrée.  « Rien ne résiste à ce chaos, m’explique un concurrent. Les boulons se dévissent, les sanglent se relâchent, les pneus crèvent. » La première édition du raid, a mis en exergue les difficultés techniques liées à l’hostilité du terrain. Que de crevaisons dans cette rocaille aiguisée, d’axes de roues brisés par les efforts mécaniques : « j’étais à pleine vitesse, raconte un autre concurrent,quand j’ai décollé sur un petite bosse. En retombant, le choc a été tellement violent que l’axe a cassé net. Un axe d’acier de 16 mm. »

 

mauritanie-12-5.jpg L’avantage du char à voile, c’est sa simplicité. Malmené par le désert il casse souvent, mais repart, la plupart du temps, pour un peu que l’on soit bricoleur et débrouillard. En trois éditions de raid et d’expérience, les progrès techniques ont permis de limiter un peu les problèmes. « Nous cherchons tous à améliorer les machines, me confie un concurrent. Nous savons que nous ne pourrons jamais surpasser le désert avec la technologie et nous ne cherchons même pas à le défier avec de tels arguments. Mais les évolutions mécaniques sont un impératif dans le cadre de la course, de la compétition. »

 

mauritanie-12-9.jpgLes concurrents vivent pleinement leur aventure, et la préparation du matériel en est une partie fondamentale. Un voyage, ce sont trois étapes bien distinctes. Avant le départ, pendant le voyage, et après. Toutes ont leur autonomie, en sensations, en émotions, et en plaisirs. « Préparer le raid, poursuit mon interlocuteur, c’est déjà la passion, le rêve, pendant des mois de recherche des sponsors, de conception du char. »

mauritanie-12-2.jpg Bien sûr, l’émotion est la plus forte pendant toute la durée de l’épreuve, mais en revenant, en quittant le Sahara, l’aventure est toujours là, présente. On ne vit plus de la même façon après le désert. Impossible. « Quand on revient chez nous, tout paraît superficiel. La vie reprend, mais il faut plusieurs semaines pour se sortir le désert de l’esprit. Les détails de la vie quotidienne, de la vie professionnelle aussi, tout revêt une importance relative face à la rusticité de ces jours vécus là-bas, l’hostilité du Sahara, mais aussi sa grandeur, sa beauté, sa richesse, découverte auprès de gens que nous avons croisés. »

 

Que viennent-ils chercher ici, ces compétiteurs de l’extrême ? Comment ne pas se poser la question de la pertinence de leur présence dans cette folle aventure quand ils vivent un calvaire absolu sous une chaleur insupportable ? Sûrement conservent-ils en mémoire le paysage magnifique des montagnes rougies par le soleil à l’horizon ou le souvenir de cette lumière improbable qui envahit en une brûlante cascade les plaines de rocailles ou d’herbes à chameaux partout où le regard se perd. Et ils repartent, un jour, ou du moins en nourrissent l’espoir… car ils ont vécu le Sahara. mauritanie-2-4.jpg

La première édition de cette course, le « Défi Fiée des Lois » a eu lieu au mois de mars 2001. A l’époque , ils ne sont que deux sur la ligne de départ. Deux concurrents en char à voile, deux amis qui s’affrontent en un raid aux allures de duel au soleil. D’autres viendront se frotter au Sahara, toujours en char à voile, mais aussi en speed-sail ou en char à cerf-volant. Tous avaient en commun certains attraits pour les sports de voiles ; chacun est reparti avec son intime passion du désert. mauritanie-1-2.jpg

 

Tout cela était d’abord une course. Je me souviens du repas au cours duquel Alain Darrigrand, le concepteur et organisateur de l’épreuve, m’a confié son idée concernant ce raid. Même pas encore un projet, tout juste le rêve d’une épreuve qui concilierait les rudesses du char à voile dans le désert, avec les enjeux, les difficultés d’une quasi autonomie des concurrents ; l’esprit de compétition dans la lutte contre la montre, et l’aventure intime dans le dépassement de soi, la solitude des choix et des décisions ; et tout cela en toute sécurité. « Le parcours relierait F’dérik à Nouakchott. Il faudrait un 4X4 pour chaque concurrent, imaginait Alain, avec les vivres, les trousses de secours et le matériel de camping. Il y aurait aussi un commissaire de course qui veillerait à la sécurité et qui contrôlerait que les pilotes respectent bien le règlement, notamment qu’ils n’utilisent pas le 4X4 pour progresser. Les concurrents ne pourraient rouler que du lever au coucher du soleil, la nuit c’est trop dangereux. Chacun camperait le soir où le char s’arrêterait, et repartirait le lendemain du même point exactement. Il faudrait un temps limite aussi, pour rallier l’arrivée. 6 jours maximum, quelles que soient les conditions de vent… » Et Alain poursuivait, inventant l’épreuve au fur et à mesure des mots. mauritanie-13-3.jpg

 

Un an de travail, de centaines de coups de téléphones, de réunions, de rencontres, de joies et de déceptions, et la première édition de la course débutait. Les deux pionniers de l’épreuve s’élançaient dans les plaines rocailleuses du Sahara, au pied des collines de F’dérik pour environ 700 kilomètres à travers le désert, vers Nouakchott et les plages de la capitale mauritanienne.

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Le pari d’Alain était gagné. Depuis toujours il est passionné par le vent, les sports de glisse, d’aventure. Il a d’abord pratiqué la voile, et la régate à haut niveau, avant de s’amouracher du char à voile. La encore il se lance dans la compétition, jusque dans le Sahara marocain en 1998. Depuis la passion du désert ne l’a plus quitté et, en mars 2001, ce journaliste reporter d’images de  profession a tout juste 38 ans et prend alors le départ de sa propre course.

 

Celui qui lui donne la réplique dans le vent du Sahara est également un amoureux du vent et de la voile. A 39 ans, alors qu’il s’élance dans son premier raid, Philippe Berquin mauritanie-13-1.jpg a déjà un palmarès de sportif aventurier impressionnant : plusieurs fois vainqueur de courses transatlantiques à la voile, un titre de champion de France de dériveur, une participation au rallye de Tunisie moto, deux courses dans le désert, l’une en speed-sail, l’autre en char à voile. Fort de son expérience, c’est lui qui remporte la première édition de la toute nouvelle épreuve. A l’issue des 6 jours de course impartis, il rallie la ville d’Akjoujt, les deux tiers du parcours prévu, c’est la premier record de l’épreuve.

 

Pour un arrivée à Nouakchott, il faut attendre l’édition suivante, et notamment la présence de Pascal Malcoste sur son speed-sail. L’épreuve est également ouverte à ces engins étonnants, mi-planche à voile, mi-skate-board. Et dans cette discipline, à 36 ans, Pascal Malcoste est tout simplement l’un des meilleurs mondiaux. D’ailleurs il compte à son palmarès des victoires dans les plus importantes épreuves du circuit français et un titre bien mérité de champion de France en 1998. Pour sa première participation à ce raid, il établit un record toutes catégories toujours inégalé à ce jour en ralliant Nouakchott en 47 heures et 25 minutes. mauritanie-13-7.jpg

 

Philippe Berquin, de nouveau au départ de la deuxième édition de l’épreuve ne peut rivaliser contre les performances de Pascal Malcoste, mais il parvient tout de même à rejoindre l’arrivée dans le temps imparti et inscrit de nouveau son nom au tableau d’honneur de la course avec un record en char à voile toujours invaincu de 51 heures et 32 minutes.

Derrière lui, le troisième participant à cette édition, Hughes Jannic, le « géo-trouve-tout » de la bande ne parvient malheureusement pas jusqu’à l’arrivée. A 41 ans, Hughes mauritanie-13-5.jpg est un sportif accompli et pratique avec bonheur la plupart des sports liés au vent, mais le prototype de char à voile qu’il a aligné au départ de l’épreuve n’a pas supporté la rudesse du Sahara. Qu’à cela ne tienne, Hughes est tenace et s’inscrit au départ suivant. Mais cette troisième édition ne sourit pas plus à l’inventeur, et son char révolutionnaire aux performances prometteuses s’avère de nouveau trop fragile pour des conditions particulièrement dures. Hughes ne ralliera pas l’arrivée, mais repart encore une fois avec la joie d’avoir dégusté les plaisirs d’une rencontre supplémentaire avec le Sahara.

 

Une passion qui semble très communicative. Pour le troisième « Défi Fiée des Lois », 5 concurrents sont au départ. Outre Pascal Malcoste, de nouveau vainqueur sur son speed-sail, et Hughes Jannic, pour la première fois, une femme prend le départ de l’épreuve : Florence mauritanie-12-9.jpg Bourgnon tente l’aventure en char à voile. La jeune styliste de formation n’est pas du tout rompue à cette discipline, mais elle a comme tous les autres concurrents la même passion pour les sports extrêmes, et notamment la voile, où elle excelle au niveau mondial en catamaran léger. Malheureusement, Florence sera victime d’un grave coup de chaleur et ne pourra pas terminer l’épreuve. Mais elle repart conquise par le Sahara Mauritanien et ne rêve que d’une autre aventure dans le sable du désert.

 

Un sentiment que partage les deux autres byzuths de cette troisième édition. Sébastien Josse d’abord. Le jeune skipper professionnel est l’un des tous meilleurs marins français. mauritanie-13-10.jpg Après un parcours remarquable en class figaro, il s’illustre dans le vendée globe 2004/2005, en terminant 5ème avec des conditions matérielles qui ne laissaient présumer qu’à ceux qui le connaissent bien un tel exploit. A peine arrivée aux Sables d’Olonne, il rejoint les « kids » du VOR 70 (monocoque de 70 pieds) ABN Amro 2 pour prendre la tête d’un équipage qui, malgré sa faible expérience a marqué par son talent et son esprit sportif la Volvo Ocean Race 2005, la plus glorieuse course autour de monde en équipage. Le drame vécu pendant l’épreuve, avec la perte d’un équipier, et les remarquables qualités professionnelles et humaines dont ont fait preuve Sébastien et les kids en se portant au secours de l’équipage d’un bateau concurrent en perdition, ont marqué à jamais l’équipage d’ABN Amro 2 mais n’ont pas occultés la réalité des performances réalisées par la jeune équipe qui a gagné le respect de ses pairs. Sébastien Josse a su faire des kids un équipage solide et soudé, accédant ainsi à une légitime notoriété internationale.

Avant de subir une casse matérielle forçant son British Télécom à l’abandon, Sébastien a montré cette année encore dans le Vendée Globe toutes les qualités du grand marin qu’il est.

Dans le désert, son expérience en char à voile a elle aussi été plus qu’honorable, puisqu’il termine l’épreuve à la seconde place derrière Pascal Malcoste, encore le meilleur de la troisième édition du « Défi Fiée des Lois ».

 

L’autre bizuth de cette année là, Nicolas Vienne, mauritanie-4-8.jpg a lui aussi convenablement tiré son épingle du jeu pour sa première participation au raid. Il avait lui choisit le char à cerf-volant. La discipline connaît un essor certain avec la mode des ailes de traction. Nicolas est un habitué des épreuves de char à cerf-volant, et même s’il ne parvient pas à rallier l’arrivée dans le temps qui lui était imparti, il inscrit son nom au tableau d’honneur de la course en établissant le premier record en char à cerf-volant.

 

En trois édition, le « Défi Fiée des Lois » c’est imposé comme l’une des plus difficiles épreuves sportives jamais organisée dans le Sahara. Au delà de l’exploit physique, les concurrents ont surtout vécu ici une incroyable aventure humaine. S’ils se sont tous dépassés dans l’effort, il ont dû lutter avant tout contre leur propre volonté, trouver en eux les ressources pour avancer, dans la chaleur, face à une immensité absolue que l’on n’ose estimer et qu’il faut finalement trop souvent affronter mètre par mètre tant ce géant immuable et intouchable est en fait d’une fantastique diversité, minutieuse et inconstante, ce désert qui oppresse, décourage, mais ce désert qui honore, quand il nous accorde un peu de ses trésors de beauté, qui révèle quand la difficulté nous fait nous découvrir nous même.

 

La première fois, chacun a sa raison de venir ici, le sport, l’aventure, la découverte… Ceux qui reviennent ont tous la même : le Sahara. mauritanie-14-1.jpg

 

Nous souhaitons  remercier tout particulièrement: Tous les concurrents d’avoir osé s’aventurer dans cette course de fou et de nous avoir ainsi permis d’en découvrir les trésors, Alain Darrigrand d’avoir été le fou en question sans qui rien de tout cela n’aurait existé, Jean-Marc Campos pour nous avoir guidé dans le désert sans nous avoir imposé de route, L’ami Ahmed pour son thé, dont la saveur donne du relief à nos souvenirs, Jean-Marc de Lustrac, le médecin de la course, d’avoir permis que cette compétition reste une belle aventure, et toutes les maudites bestioles du Sahara d’en avoir fait autant. Sans oublier, bien sûr, un merci tout particulier à Isabelle Autissier pour sa sensibilité, son talent et sa gentillesse. NB : quelques photos supplémentaires dans l’album ci-contre.

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