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  • : "Dans le vent du Sahara" est un livre décrivant l'aventure étonnante de quelques voyageurs hors du commun: une traversée du Sahara mauritanien en char à voile...

Dans le vent du Sahara

Textes: Christophe de Vallambras

Photos: Jean-Pierre Lenfant

(Tous droits réservés)

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Commentaires

Je marche tête baissée, dans la chaleur accablante du désert. Le soleil m’écrase et le sable me brûle… Je prends douloureusement conscience de ma situation, je marche dans un four.

 

Il semble bien qu’il y ait des endroits, des moments où le Sahara impose de courber l’échine. Sûrement un besoin de montrer qui commande ici, de se faire respecter. Il suffit d’accepter la folie de marcher quelques pas dans le désert aux heures les plus chaudes de la journée, pour comprendre ça.

mauritanie-3-5.jpg Quitter son refuge ombragé et faire le premier pas. Puis 2, 3… C’est beau. Les plaines de l’Azzéfal : un immense cordon de dune dans le nord du pays. Le vent a ridé le sable avec une linéarité parfaite, apaisante, envoûtante. Précision de l’ingénieur, beauté de l’artiste.

4, 5, 6… Quand même un peu chaud le sable. Mais les Pataugas protègent bien, je continue.

7, 8, 9… En fait, c’est bouillant. Incroyable. Dans le désert, les chiens marchent souvent sur trois pattes seulement. Ils en « économisent » une, chacune à son tour, au frais. J’ai envie de lever une jambe, juste quelques instants. Mais si je tombe, je crains de me brûler le corps. Pas question, je continue comme ça.

20, 21, 22… Qu’il est mou ce sable. Quand le pied touche le sol, il y a d’abord cette première croûte. Une fine couche de sable cristallisé par la chaleur. On l’espère assez rigide pour enchaîner le prochain pas. Elle ne résiste pas. Jamais. Aucun répit. À chaque enjambée, la chaussure s’enfonce de 10 cm, et la semelle patine. Mal aux chevilles. Epuisant.

30, 31, 32… Je vise les petites touffes d’herbe à chameaux. Je les écrase sans pitié, pour m’enfoncer un peu moins. Du coup, je marche tête baissée : s’incliner face au désert, obligatoire, règle inaliénable. mauritanie-2-3.jpg

40, 41, 42… Mon eau est déjà chaude. Pourtant je la tiens dans mon ombre, mais rien à faire. La réverbération de la chaleur sur le sable est trop forte. Ici les températures flirtent parfois avec les 50 ou 60°C, le sable peut alors atteindre les 80°C. Je prends douloureusement conscience de ma situation : je marche dans un four.

mauritanie-5-3.jpg 47, 48, 49… Je relève la tête, mon objectif est encore loin. Et quand je le fixe, il paraît s’éloigner encore. Cruel distraction du maître des lieux qui bouleverse notre perception des distances. Combien de mètres ? Difficile à dire. Je continue, tête baissée. Nouvelle échelle de valeurs : combien de centimètres, de touffes d’herbe à chameaux, de ridules à passer ?

 

Je me retourne : j’ai fait 50 pas dans le désert.

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